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17/10/2010

Benoît Mandelbrot

Philippe Rivière vient de consacrer un billet sur le blog du Monde Diplomatique consacré à la disparition du génie franco-américian Benoît Mandelbrot. Il précise :

"Le grand mathématicien Benoît Mandelbrot vient de mourir, à l’âge de 85 ans. Reconnu très tard pour son travail sur ce qu’on appelle couramment la théorie du chaos, il avait notamment inventé et étudié la géométrie des fractales — ensembles de points aux propriétés fascinantes, qui se trouvent désormais partout, aussi bien dans les sciences naturelles (de l’étude du climat à la biologie) que dans la production informatique d’effets spéciaux pour le cinéma."

(...)

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Philippe Rivière cite l'un des ouvrages Une approche fractale des marchés : risquer, perdre et gagner, (2009) où il déclare :

« Une société bien gérée consacre une partie de son budget de recherche et développement à la recherche fondamentale dans les domaines scientifiques qui sous-tendent son cœur de métier. Comprendre le marché n’est-il pas au moins aussi important pour l’économie que comprendre la physique du solide pour IBM ? Si l’on peut cartographier le génome humain, pourquoi ne pas cartographier les voies par lesquelles un homme peut perdre ses moyens de subsistance ? »

Alors, au boulot ? ;-°))

source  : la mort d'un mathématicien de génie Benoît Mandelbrot change de dimension


10/09/2010

Bibilo : la carte et le territoire

Avec un titre pareil vous vous doutez bien que le Serial Mapper allait consacrer un billet  à la dernière production de Michel Houellebeck :

 

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Le titre n'est pas trop mensonger puisqu'il est effectivement question de carte et de territoire ...  mais de façon assez convenue :

"L’entrée de la salle était barrée par un grand panneau, laissant sur le côté des passages de deux mètres, où Jed avait affiché côte à côte une photo satellite prise aux alentours du ballon de Guebwiller et l’agrandissement d’une carte Michelin « Départements» de la même zone. Le contraste était frappant : alors que la photo satellite ne laissait apparaître qu’une soupe de verts plus ou moins uniformes parsemée de vagues taches bleues, la carte développait un fascinant lacis de départementales, de routes pittoresques, de points de vue, de forêts, de lacs et de cols. Au-dessus des deux agrandissements, en capitales noires, figurait le titre de l’exposition :  « LA CARTE EST PLUS INTéRESSANTE QUE LE TERRITOIRE ». (page 82)

Pour le reste l'auteur a du métier (j'ai failli écrire de l'abatage) mais ce n'est que du Houellebecq. Les nombreux papiers élogieux de la presse française me paraissent tout à fait disproportionnés. Bref sans doute un futur Goncourt mais qui sera bien vite oublié.   

PS : Michel Houellebeck a mis pas mal d'eau dans son vin mais paradoxalement il en viendrait presque à marcher sur les plates bandes de Maurice G Dantec (véritablement obsédé par les cartes lui)  avec des scénes de crimes hyper violentes et des effets tunnels sur d'obscurs penseurs.

 

01/09/2010

Biblio : 6 books of Euclid

C'est la rentrée ...  Euclide ça vous rappelle sans doute des souvenirs (et pas forcément de très bon;-°))

TASCHEN vient de publier dans un magnifique fac similé d'un magnifique manuel d'introduction à la géométrie du 19ème siècle véritable hymne à la couleur et à la créativité . 

 

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<<Oliver Byrne (env. 1810 env. 1880) était un auteur et un ingénieur civil irlandais. On sait peu de choses sur sa vie, bien qu il ait écrit de très nombreux ouvrages. En tant que Géomètre des Colonies de Sa Majesté aux îles Malouines, Byrne avait déjà publié des manuels de mathématiques et d'ingénierie, mais rien de comparable à son édition d'Euclide. Ce remarquable exemple d'impression victorienne a été décrit comme l'un des livres les plus étranges et les plus beaux du 19ème siècle.

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Chaque proposition est présentée en italiques de Caslon avec une initiale de quatre lignes de haut, tandis que le reste de la page ressemble à une émeute de rouge, de jaune et de bleu unique en son genre. Sur certaines pages, seuls les nombres et les lettres sont imprimés en couleur, éparpillés ça et là comme autant de minuscules fleurs sauvages, exigeant un alignement extrêmement méticuleux des différentes plaques en couleur pour l impression. Ailleurs, les carrés, les triangles et les cercles pleins sont imprimés en couleurs vives, se faisant l expression d une verve qu on ne trouvera plus dans un livre jusqu à l époque des Dufy, Matisse et Derain.<<

 

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Évidemment on va encore se demander pourquoi en plein 21 éme siécle nos livres de maths ne sont pas tous comme celà.

Les lecteurs de Tufte connaissent déjà cet ouvrage. Pour les autres il faut absolument le consulter et ne pas oublier que c'est bientôt Noel (moins de 40 euros)...!

A noter un excellent supplément critique avec plein d'exemples étonannat rédigé par Werner Oechslin


14/07/2010

Biblio : Un cartographe au royaume des mots

Vous connaissez sans doute l'académicien Erik Orsenna. Je vous conseille la lecture, durant ce magnifique été,  de son dernier ouvrage l'Entreprise des Indes où il dénonce de manière forte le génocide des autochtones sud américians :

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Outre sa qualité littéraire et documentaire (Cf le prière d'insérer à la fin du billet) l'auteur nous offre de magnifiques notations sur les cartes :

"Au fond, chaque carte est une peau. Comme une peau, elle confère l'identité. comme une peau, elle est sac; elle évité que les réalités contenues en elle ne s'évident


(...)
Une carte ne sert pas seulement à définir la frontière entre la Terre et la Mer. Elle recueille des diversités et les rassemble. mieux les assigne à résidence.

(...)

Rien ne procure plus de paix que la lecture d'une carte. A suivre son tracé, le monde parait si simple, si ferme , si certain ... Qui pourrait imaginer l'envers de cette carte, ses coulisses, ses entrailles, les efforts qu'il a fallu déployer pour aboutir à ce simple trait, les interrogations, les enquêtes, les déductions , les recoupements ... ?  "

L'intérêt d'Erik Orsenna pour les cartes n'est pas une simple posture comme le montre la page d'accueil de son site internet :

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Pas mal pour un académicien français  !

Je ne résiste pas à cette dernière citation  :

(..) ce n'est pas moi qui vous apprendrai que le mot (curiosité) vient du latin cura, qui veut dire "cure" "soin". le curieux est un médecin, il prend soin du monde." (1)

Comme promis voici le texte de la quatrième de couverture :

Lire la suite

21/04/2010

Roman initiatique et cartographique

Si vous traînez comme moi dans les librairies de France et de Navarre vous avez certainement remarqué cet ouvrage :

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C'est l'histoire du périple à travers les Etats Unis d'un enfant pas comme les autres. Il faut dire que sa mère "était le genre de mère à vouloir vous appendre le tableau de Mendeleiev à treize mois en vous faisant manger votre bouillie". Le père lui même, quoique à l'opposé, n'est pas un modèle de pédagogie. Bref le héros T.S Spivet se réfugie (?) rapidement dans les cartes et les diagrammes au pont de détourner son album de coloriage en refusant de sortir ses crayons de couleurs  : "j'avais noté toutes les mensurations des personnages et tracé leurs asymptotes".

Sa quête doit l'emmener " à l'est, à la capitale, chez notre président, dans un monde de diagramme de gloire et de fortune". Évidemment l'histoire sera un peu plus compliqué mais il aura quand même l'occasion de se faire un costume par un tailleur : " je lui ai demandé si je pouvais garder une copie des mes mensurations et il m'a dit bien sûr et mes les as écrites sur un bout de papier, à coté d'un petit croquis de mon corps; c'était l'une des choses les plus gentilles qu'on ait faites pour moi : une carte à main levée de mes dimensions".

Bref plus Serial Mapper tu meurs ;-°))

Cerise sur le gâteau il est rempli de marginalia avec plein de graphiques étonnants.

J'ai glané au fil de ce roman ces notations sur les cartes et leur production :

"j'avais appris que la représentation d'une chose n'était pas la chose représentée, mais que, d'une certaine manière, c'était justement cette dissonance qui en faisait tout l'intérêt : l'écart entre la carte et le monde réel nous laissait de l'espace pour respirer, faire le point et comprendre où nous trouvions."

(...)

"je savais, pour en avoir fait l'expérience en cartographie, que la meilleure solution est parfois, justement la plus simple et la plus ridicule."

(..)

"Je pourrai tracer le contour du Dakota du Nord et indiquer par un point l'emplacement de chaque Mcdonald's, et même mettre ce  dessin sur Internet, mais, à mes yeux, ce ne serait pas vraiment une carte : ce ne seraient que des points sur une page. Une carte ne se contente pas des situer : elle met au jour un sens, elle le formule, elle crée un pont entre l'ici et l'ailleurs, entre des idées disparates dont nous ne savions pas jusque-là qu'elles pouvaient avoir un lien. Faire cela, et le faire bien, est extrêmement difficile"

(...)

"je me suis dit que j'allais dessiner la carte de notre grange, parce que , même si je la connaissais bien elle me paraissait très lointaine, et c'était pour ça, en général, que je dessinais mes cartes : pour rendre le lointain plus proche, l'étrange  plus familier"

Il y a plein d'autres choses dans ce roman. la mise en boite du Smithsonian institute est vraiment une réussite.

Ce livre risque d'avoir un gros problème en France où l'on adore mettre les choses dans des cases. Pas uniquement roman pour la jeunesse malgré sa maquette, il risque de ne pas être remarqué par ceux qui en auraient le plus besoin à savoir les geeks 2.0 ;-°))

Personnellement je l'ai dévoré ce week end en moins de 2 jours même si c'est un pavé. Last but not least l'ouvrage me parait traduit de façon excellente.

Je n'avais jamais entendu parler de l'auteur Reif Larsen (c'est son premier roman).  Quelqu'un peut-il nous en dire plus ?

 

 

 

 

 

28/01/2010

Special collector

"Special collector " : voilà une expression plus que galvaudée et mise à toute les sauces mais cette fois je vous promet que vous ne le regretterez pas.

J'ai déjà fait référence plusieurs fois sur ce blog à la revue Etapes Graphiques ici, et encore là.(1).

La livraison de ce mois de janvier de cette revue est dédié uniquement à la visualisation de l'information !

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Edward Tufte, Manuel Lima (par lui même) et le New York Times sont les thèmes principaux de ce dossier et font l'objet d'articles de fond. C'est un vrai bonheur de voir certaines de nos icônes imprimées sur un papier de qualité avec une définition de revue d'art.  Cela vaut donc les 10 euros et quelques que vous devrez régler.

Évidemment Serial Mapper regrette le parti pris trop centré uniquement sur la visualisation assistée par ordinateur (2) mais cette publication est une étape (;-°)) importante sur le chemin de la sensibilisation en France à l'utilisation de la vision pour penser.

(1) tout à la fin du billet

(2) alors même que cette revue sait qu'il existe d'autre tentatives cf mes liens au début de ce billet

PS 1: merci à Christophe Tricot pour l'info.

PS 2 :  J'en profite pour faire de la pub (gratuite !) pour mon libraire graphique. Il s'agit de la librairie Leks 19 rue Pierre Lescot (Paris Les Halles). Ils ont beaucoup de bouquins d'occasion (heureusement pour le budget du ménage ;-°)) et Etapes Graphiques en stock.

 

18/11/2009

Tout compte fait ...

Tout compte fait le Père Noël n'est peut être pas une ordure !

Avec Christophe Tricot nos lettres au Père Noël tendent à se ressembler au moins coté bouquin (allez comprendre pourquoi ;-°)). Il y a un an nous avions passé commande , sans se concerter, de l'ouvrage ci dessous :

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et puis plus rien. Nous avions même oublié l'existence de cet opus.  Et puis patatras le 11 novembre 2009 Amazon se réveille (1)  et nous annonce l'arrivée de l'ouvrage. Ouf ! la réputation du Père Noël est sauf.

Rédigé par Gerlinde Schuller une artiste allemande, présenté avec des entrées alphabétique ce livre bénéficie d'une iconographie hors du commun.

Enfin un bouquin de design qui ne repends pas les mêmes icônes et les sempiternels lieux communs graphiques.

Les textes sont de vrais découvertes et très bien informées.  Bref ça change des miscellanées et autres billevesée

 

(1) l'ouvrage était sans doute épuisé.

25/10/2009

Maspero et les cartes

Ce livre consacré à François Maspero libraire, éditeur et, aujourd'hui écrivain et traducteur vient de paraître :

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Si je parle de ce recueil de contribution dans ce blog c'est, entre autres, parce que j'ai eu le grand privilège de fréquenter assidûment sa librairie la Joie de Lire et de faire ainsi une provision de bouquin et de revue (1) qui m'ont donné une rage de lire qui ne s'est jamais démentie.  Mais c'est également parce que cet artisan incroyable a formé, sans que je m'en rende compte, mon goût pour la mise en scène grâce à la publication d'ouvrages qui bénéficiaient de typographies soignées et de couvertures qui sont des modèles de créativité intelligente.

Vous me connaissez et vous savez que grâce à la sérendipité la cartographie n'est jamais bien loin dans mes lectures. J'ai donc trouvé cela page 288 :

"J'ai voyagé dès mon adolescence. dans l'après-guerre immédiate, au sortir de la Résistance dont j'ai été imprégné par mon histoire familiale, il y eu une tentative poussée de retrouver une forme d'humanisme, après et malgré ce qui s'était passé (...)

Je raconte dans Le Figuier ce rêve qu'eurent, en 1945, des jeunes gens qui avaient fait la guerre : il voulaient installer une radio universelle dans la capitale la plus haute du monde : ils l'appelaient "Radio Sucre" parce qu'ils avaient mal regardé la carte : La Bolivie est bien le pays le plus haut du monde, La Paz est à plus de 4000 mètres .... mais Sucre est dans la plaine. Pour moi c'est une métaphore de ce rêve de parler au monde entier, et de son échec. Aujourd'hui nous avons  Internet, mais les frontières n'ont jamais été aussi imperméables."

Ce texte date de 1997 et malgré la "mondialisation" galopante et le "sur-développement" d'Internet  il me semble de plus en plus d'actualité.

 

(1) tous payés : les initiés comprendront

 

20/09/2009

Une cartographie peut en cacher une autre

Emmanuel Hoog, ci-devant PDG de l'INA,   vient de publier aux éditions du seuil  "mémoire année zéro"

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Dans un interview du Nouvel Obs du 3-9 septembre 2009 il déclare :

"Il faut urbaniser internet. C'est à dire, tout d'abord, nous en offrir une représentation visuelle, une véritable cartographie. Nous sommes comme ces premiers navigateurs qui inventaient un monde au moyen d'une carte à mesure qu'ils le découvraient. Chacun peut distinguer  à l'oeil nu une épicerie d'une école, une mairie d'un garage. je crois que civiliser internet, c'est permettre à chacun de s'y retrouver facilement. C'est réussir ce que l'Italie a réussi à la Renaissance (...) physiquement. Tant que cette terra incognita n'était pas visible sous les traits d'un dessin, elle n'existait pas. Pour internet, c'est la même chose. Dans le monde réel il y a des rues, des bâtiments  ..."

Alors douce musique aux oreilles du Serial Mapper ? Eh bien pas vraiment car la référence aux premiers navigateurs a du mal à cacher la réalité : dès que les européens commençaient à noricir sur du papier la représentation d'un territoire cela signbifiait que la vie et (la civilisation) des habitants de ces espaces changeaient radicalement

Pour faire court je fais donc preuve d'une très grande suspicion quand du haut de sa chaire on prétend apporter ses certitudes pour réguler (sic !) internet et civiliser les internautes qui comme d'autres "sauvages" sont restés de grands enfants. ... Alors quand on plus on prends dans ce contexte la cartographie pour une baguette magique ...

En matière de cartographie il faut se méfier des cartolâtres. Pour illustrer mon propos la petitre phrase ci dessous de Gaulle sur l'Europe et les cabris est parfaite (remplacez Europe par cartographie vous verrez ça marche très bien) (merci le site de l'INA ;-°))

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Je fais le crédit à Emmanuel Hoog d'être un professionnel de l'internet. Mais alors comment peut-il déclarer dans ce même interview :

"sur internet, les photos du petit dernier sont traitées comme les représentations d'enfants peints par Renoir, Et en l'absence de ce genre de distinctions, on ne produit plus de savoir ni de culture". Quel mépris des internautes et de la culture qui se fat tous les jours ! Dans le même genre on trouvera page 154 du livre  cettte déclaration définitive "l'internet n'apprendra jamais à lire".

J'ai fait l'effort d'acheter et de lire le bouquin. Je n'aime pas faire des critiques trop négative mais il s'agit là d'un opuscule écrit en regardant dans le rétroviseur. Par ailleurs, au vu de l'ambition "civilisatrice" de l'auteur il eut été souhaitable que ce dernier fasse preuve de moins d'indigence intellectuelle.

 

PS :

1) j'espére que je vais pas me fâcher avec mes amis de l'INA ;-°))

 

 

08/09/2009

Le pavé anthropolgique de l'été

644 pages, 240 « diagrammes de structure », c'était le pavé de l’été idéal pour un Serial Mapper !

 

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François Heran (1) dans cette somme consacrée aux figures de la parenté déboulonne 2 figures mythiques Claude Levi-Strauss et .. Jacques Bertin.

 

En effet comme son titre peut le laisser deviner cet ouvrage est au moins autant dédié aux structures élémentaires de la parenté qu’à leur mise en scène.

Dès le début du livre l’auteur constate à propos des polémiques autour des théories de la filiation qu’« appuyés sur un meilleur outil graphique, ces débats auraient gagnés en clarté ». Font figure d’accusé ici Claude Levi-Strauss (2) et une bonne partie de ses affidés qui n’ont pas su se doter des outils graphiques adéquats. Ainsi « les 4 structures élémentaires de la parenté (…) sautent aux yeux sur les diagrammes de structures mais, faute d’outils maniables, elles n’ont émergé dans la littérature qu’au prix d’un long labeur ».

Jacques Bertin lui-même s’est attaqué au problème mais ses diagrammes linéaires rencontre un « problème de fond » : « la distinction des sexes n’était pas un principe structurant de la représentation mais une qualité seconde du tracé. Bertin réservait spontanément le tracé de base aux hommes et se contentait de « marquer » les segments féminins par des pointillés ou des traits plus fins. Aussi l’œil ne percevait-il pas d’emblée les modifications de trajectoire qui aiguillent différemment les hommes et les femmes d’un système de parenté à l’autre. ».

Cependant Fraçois Heran poursuit « curieusement la solution m’attendait dans un autre texte de Bertin (…) (qui) mentionnait un résultat de la psychologie de la perception qui remontait à la Gestaltthéorie, à savoir le médiocre rendement visuel des variations de formes ou de couleur, comparé à celui des contrastes d’orientation. Sachant que les systèmes de parenté se différencient avant tout par le sens de circulation des alliances, j’eus l’idée de convertir cette propriété graphique en un postulat fondamental des diagrammes de parenté. Le principe était simple : limiter la trajectoire des individus d’un sexe donné à une seule orientation, soit verticale, soit oblique, l’autre orientation étant réservée au sexe opposé, »

 

Pourtant bon nombre de spécialistes des structures de la parenté ont cru détenir le graal suite au fameux appendice du mathématicien André Weil dans les structures élémentaires de la parenté de 1949. François Heran juge cependant qu’il s’agit là de travaux plus proches de la récréation mathématique que de la recherche de pointe (3).

Soixante ans après le même constate « il y a bien une mathématique de la parenté, mais elle porte sur des objets si simples qu’elle peut toujours se ramener à une mathématique sensible, une mathématique à l’œil nu » qui s’incarne dans les choix de mise en scène de ses diagrammes de structures.

Trop de formalisation et d’équations assèchent les théories : impossible de les critiquer sans utiliser les mêmes armes. A l’opposé le tracé des figures permet, lui, une lecture ouverte : un « changement radical d’interprétation laisse intact le tracé de la figure : il relève de la légende ou du commentaire ».

 

Au final il faut rester modeste « l’acteur est le grand absent des approches structurales »(4) et plus généralement « les réseaux doivent beaucoup aux stratégies mais il est impossible de déduire la stratégie des seuls réseaux » . Cette dernière remarque me parait d'une rare pertinence ...


 

(1)« Après des années de terrain en Andalousie et dans les Andes, François Heran a mené des études sur le choix du conjoint, la sociabilité, l’éducation, l’abstention électorale, la transmission des langues. Il a dirigé L’INED (Institut National d’Etudes Démographiques) de 1999 à 2009 » Source : quatrième de couverture

(2)François Heran reproche également à Claude Levi-Strauss de ne pas avoir reconnu sa dette vis à vis de Marcel Granet « le fondateur refoulé ».

(3)D’ailleurs André Weil n’a pas poursuivi dans le domaine … ni Claude Levi-Strauss d’ailleurs

(4) Dont continue à se réclamer François Heran